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La face cachée du jeûne intermittent

La face cachée du jeûne intermittent

Difficile de passer à côté du jeune intermittent, régime en vogue et prisée par de nombreux adeptes qui en vantent les mérites à tout-va. Il permettrait de retrouver la ligne, mais aussi la santé, et surtout d’en finir avec le casse-tête des calories, des aliments interdits et autorisés et autres règles diététiques à appliquer. Ici, la seule règle en place est l’alternance de périodes d’alimentation et de périodes de jeûne plus ou moins longues.

Alors, recette miracle ou énième régime à l’efficacité douteuse ?

En quoi ça consiste ?

Aussi appelé fasting ou jeûne séquentiel, le principe du jeûne intermittent est simple, et c’est sans doute ce qui séduit les foules. Il suffit en effet d’insérer des phases de jeûnes plus ou moins longues au sein de la journée ou de la semaine.

Pendant les périodes de jeûnes, tous les aliments sont proscrits, seule l’eau est autorisée. Le reste du temps, on mange « comme on veut », même s’il est conseillé de manger équilibré et sans excès.

Il existe différentes variantes de ce régime intermittent, en fonction de la capacité de chacun à pouvoir jeuner plus ou moins longtemps. Le minimum requis est de 12 heures d’affilées sans rien manger.

La version la plus pratiquée est le 16/8 : avec 16 heures de jeûnes et deux repas concentrés sur les 8 heures restantes.

La plus extrême est le 5/2 : avec 2 jours de jeûne et 5 jours d’alimentation « normale ».

Quel est son but ?

Ne rien manger pendant plusieurs heures permettrait à l’organisme de mettre son système digestif au repos, afin d’aider le foie à mieux faire son travail de « détoxification ».

Parmi les autres effets vantés de cette méthode :

  • Limiter la production d’insuline et permettre de déstocker les graisses de l’organisme
  • Soulager les organes digestifs
  • Apprendre à réguler son appétit.

En pratique, aucun de ces effets n’a été démontré, mais le bon sens pousse à s’interroger. Les organes digestifs ont-ils besoin d’être mis en pause de façon prolongé ? Une alimentation saine et régulière n’est-elle pas le meilleur moyen de les ménager ? Pour réguler son appétit, n’est-il pas au contraire totalement déconseillé de s’affamer ?

Et en pratique ?

En pratique, le jeune intermittent n’est ni nouveau, ni révolutionnaire, puisque près d’1 français sur 5 sautent régulièrement le petit-déjeuner. En se contentant de ne faire que deux repas par jour : un déjeuner et un diner, cette partie de la population pratiquerait donc déjà plus ou moins le 16/8 spontanément.

Qu’en est-il de leur poids et de leur santé ? Une étude de grande envergure menée en 2003 a montré que les personnes qui sautaient régulièrement le petit-déjeuner avaient en moyenne 4,5 fois plus de risque de surpoids que les autres.  Par ailleurs, elles ont un risque plus élevé de maladies cardiovasculaire et se sentent plus fatigués. Mauvais points pour le fasting.

Les conséquences sur le poids d’un jeûne prolongé ?

Jeûner jusqu’à 12 heures semble raisonnable, puisque certains gros dormeurs font régulièrement le tour du cadran le weekend, ou ne se jettent pas sur leurs tartines de beurre au saut du lit. L’organisme est donc tout à fait prêt à supporter une grasse mat’ et heureusement !

Au-delà de 16 heures de jeûnes, notre corps commence à être à cours d’énergie et va devoir puiser dans nos réserves de graisses pour subvenir à ses besoins. Bonne nouvelle ?  Et bien non malheureusement !

Notre organisme a une formidable capacité d’adaptation, ce qui a permis à l’Homme de survivre lors de grandes périodes de disettes. En pratique, lorsqu’on le prive d’énergie, notre corps se met en « veille », comme un écran d’ordinateur, pour consommer moins de calories et économiser ses réserves.  

Résultat des courses, dès que la période de jeûne est terminée, notre organisme a tendance à stocker le repas suivant en prévention d’une nouvelle privation.

Le problème est double car souvent, après une période de jeûne, on mange en excès pour compenser la frustration.

Les conséquences sur le comportement alimentaire : L’alternance privation/compulsions

Finalement, jeuner de façon intermittente revient à se priver drastiquement pendant plusieurs heures (voire une journée), ce qui provoque souvent faim et frustration – les deux ennemis jurés des régimes alimentaires – souvent incriminés dans la survenue de compulsions alimentaires.

S’il est souhaitable d’attendre la faim pour manger, résister à la faim est le meilleur moyen de dérégler nos sensations alimentaires, pourtant essentielles à une régulation naturelle de nos apports caloriques.

En pratique, on n’est pas si loin du fonctionnement des personnes sujettes aux troubles du comportement alimentaires qui alternent les phases de régime stricte (restriction) et celles de craquage (compulsions) sans parvenir à sortir de ce cercle vicieux.  Les conséquences de ces alternances de privations et d’excès sont dévastatrices sur l’organisme et sur le contrôle du poids.

Pourquoi est-il préférable de répartir uniformément son alimentation sur la journée ?

Notre organisme est une machine parfaitement bien huilée, capable de nous envoyer les bons signaux au bon moment : lorsqu’il est en manque de calories, on ressent la faim, lorsqu’il en a reçu suffisamment, la satiété prend le relais.

Naturellement, nous ressentons la faim dès que la digestion est terminée et que la glycémie (sucre contenu dans le sang) est basse. En pratique, en suivant ces règles, nous retombons sur le rythme de 3 repas par jour (4 pour certains), qui est celui qui respecte le mieux notre rythme circadien. Le perturber dans le but de perdre du poids ou d’être en meilleur santé est un pari plus que risqué.

Et si nous arrêtions de croire aux (régimes) miracles et que nous écoutions notre bon sens ?

Pour maintenir son poids de forme, on privilégie les aliments frais, on limite la junkfood et les aliments ultra-transformés, on écoute ses sensations de faim et de satiété et surtout on n’oublie pas de se faire plaisir !

 

Lise LAFAURIE

Nutritionniste, journaliste et bonne vivante, j’ai pour vocation de dépoussiérer l’image un peu austère de la diététique traditionnelle. Auteur du blog Les Frites Vertes (ou la diététique décomplexée), ma devise pourrait être « si c’est bon pour mes papilles, c’est bon pour mon corps !

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