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Quelle place occupe la cigarette sur nos écrans ?

Quelle place occupe la cigarette sur nos écrans ?

Certes, les cigarettes n’ont pas disparu à la télévision, mais elles sont moins présentes que par le passé. Qu’en est-il pour le cinéma ou les plateformes comme Netflix ?

À l’occasion du Moi(s) sans tabac, INTÉRIALE fait le point sur ce sujet. 

En France, la lutte contre le tabagisme est un réel enjeu de société. Vous le savez sans doute : la loi Veil de 1976 interdit la publicité pour le tabac à la télévision et à la radio. Quant à la loi Évin de 1991, elle proscrit la promotion de ces produits dans les lieux publics. Or, la cigarette semble continuer de se faire une place dans les séries, téléfilms et films.

Selon une étude du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui a passé en revue 148 programmes de fiction proposés sur 8 chaînes francophones, le tabac est présent dans une fiction sur cinq. Avec cette enquête, l’autorité française de régulation de l’audiovisuel a voulu étudier l’image de la cigarette à la télévision. Les chercheurs du CSA ont établi le profil du fumeur télévisuel : homme, déterminé, atmosphère négative, sûr de lui, situation de rapport au pouvoir, nerveux… Ils ont également esquissé le contexte dans lequel les personnages de fiction se mettent à « s’en griller une ».

Quelle utilisation dans les séries américaines ? 

Accessoire glamour, objet d’un temps révolu, marqueur social, etc. : la clope tient tous les rôles dans les séries TV. Dans « House of Cards », la pause cigarette que s’autorisent tous les soirs l’élu Frank Underwood et sa femme Claire représente un moment de respiration dans la course effrénée les menant vers les sommets du pouvoir. Dans « Mad Men », tous les personnages fument et partout. La crainte des maladies liées au tabagisme n’est jamais abordée. Il s’agit d’un âge d’or qui n’existe plus.

Dans plusieurs séries, la clope occupe un rôle d’ordre sociologique, comme dans « Shameless ». Bien que les membres de la famille Gallagher vivent à l’époque où la consommation de cigarettes recule, tous fument dans l’indifférence totale. Paul Abbott, le créateur de la série, entend montrer que les pouvoirs publics se sont coupés des classes populaires qui ne sont pas concernées par les politiques de santé publique.

Parfois, le tabac peut donner un parfum « rock’n’roll » aux personnages. Dans « Californication », Hank Moody se plaît à fumer cigarette sur cigarette. Dans un Los Angeles aseptisé, il apparaît à contre-courant d’une société érigeant la santé en valeur suprême.

Quid des séries françaises ? 

Les héros français seraient-ils les hommes-sandwiches de l’industrie du tabac ? Dans la série « Braquo » de Canal +, la policière Roxane enchaîne les clopes, comme l’enquêteur incarné par Charles Berling dans le thriller « Glacé » sur M6, ou encore Sam, la prof de TF1 campée par Mathilde Seigner. Clairement, la cigarette n’a pas été bannie des séries télé françaises, contrairement aux séries télé américaines. Néanmoins, on veille à la faire apparaître dans des moments de stress.

« Les fictions de prime time sont un sanctuaire où tous les interdits doivent être représentés, cigarettes et drogues y compris. Toutefois, nous veillons à faire fumer les personnages plutôt en situation de stress qu’en cigarette plaisir », expliquent les chaînes de télévision. Pour plusieurs producteurs, « une interdiction totale en France serait ridicule : à force de tout aseptiser, les fictions n’auraient plus rien à voir avec la réalité ».

Netflix dans le viseur 

Vivement critiquée par l’association américaine de lutte anti-tabac Truth Initiative, la plateforme de visionnage Netflix a fini par annoncer qu’elle allait limiter la représentation de la cigarette dans ses prochaines productions. En fait, la polémique est partie d’un rapport publié en juillet 2019 par Truth Initiative. L’organisation a recensé le nombre de cigarettes visibles dans la série à succès « Strangers Things » : 262 dans la deuxième saison contre 182 pour la première, autrement dit une augmentation de 44%. Ce à quoi Netflix a répondu : « Nous supportons l’expression artistique. Mais nous reconnaissons que fumer est nocif, et sa représentation positive à l’écran peut influencer négativement de jeunes personnes. »

Du côté du Comité national contre le tabagisme, on indique : « Les cigarettiers ciblent les jeunes, qui sont les consommateurs de demain. Ils ont bien compris qu’à travers Netflix, ils pouvaient influencer les adolescents ». Selon l’OMS, 37% des jeunes en contact avec la cigarette à la télévision pourraient commencer à fumer.

Représentation dans la fiction 

En aucun cas, la loi Évin et sa jurisprudence n’interdisent la représentation de « personnages, historiques ou non, fumant surtout quand cela correspond à un trait de sa personnalité, dès lors que le but ou l’effet de cette communication n’est pas de nature publicitaire ».

Qu’à cela ne tienne, cela n’a pas empêché Lucky Luke de perdre dès 1983 son mégot au profit du brin d’herbe. A vrai dire, la Ligue contre le Cancer a dévoilé dans un rapport que 7 nouveaux films français sur 10 mettent à l’image au moins une fois une personne qui fume.

Alors doit-on limiter la présence de cigarettes dans les films français ? Selon un autre rapport Ipsos, entre 2005 et 2010, 80% des films français les plus vus montraient des objets liés au tabac. Toujours d’après cette étude, on note « une tendance du cinéma français à banaliser l’acte de fumer ».

 

 

Des films mythiques 

Que serait le septième art sans la cigarette ? Prenons l’exemple de Clint Eastwood dans « Pour une poignée de dollars ». Lorsque le réalisateur Sergio Leone voit arriver l’acteur, il trouve qu’il a une allure d’étudiant. C’est pourquoi, il lui demande de mordre dans une cigarette afin de trouver une grimace rendant son personnage inquiétant. Pareil pour le film « Les Tontons flingueurs » dans lequel la clope participe de la construction des différents personnages. Ainsi, on dénombre 42 cigarettes allumées en 1h45.

Une chose est sûre, impossible de faire un film d’époque, ou encore un biopic de Churchill, Coco Chanel ou Serge Gainsbourg sans tabac. Et qui imagine un film de guerre sans soldat fumant dans les tranchées ?

Citons aussi le visage de l’acteur Humphrey Bogart sublimé dans tous ses films par la lumière du briquet. Dans « Le Port de l’angoisse », il fait la rencontre de Lauren Bacall. Celle-ci tasse sa cigarette sur le dos de la main, tandis que Bogart lui écrit son numéro sur un paquet d’allumettes. Une scène mythique pour le comédien américain. Alors atteint d’un cancer, il racontait : « Les cigarettes sont les clous de mon cercueil ».

Cigarettes explosives, trempées,… : depuis les débuts du cinéma, la clope sert d’accessoire à gag. Dans « Le Pari », le duo Bernard Campan et Didier Bourdon se démène pour arrêter de fumer, ce qui conduit à des passages drôlissimes et à la célèbre réplique : « Le tabac, c’est tabou, on en viendra tous en bout ».

Par ailleurs, la cigarette peut être choisie afin d’amplifier la dimension malfaisante d’un personnage. Dans « Les Nerfs à vif », Robert De Niro impose sa présence à tout le monde avec son cigare. Les dessins animés ne sont pas en reste : Pat Hibulaire, le personnage de fiction créé en 1925 par les studios Disney, a un cigare au coin de la bouche. Sans oublier Cruella, dans « Les 101 Dalmatiens », qui enfume son monde.

Des images cultes 

Désormais ostracisée, la cigarette était partout autrefois, et notamment sur les plateaux de télévision. On se souvient du journaliste Yves Mourousi, « cigarette au bec » durant la présentation de son JT.

Autres souvenirs : dans l’émission « Droit de réponse » de Michel Polac diffusée entre 1981 et 1987 sur TF1, les débats sont de la partie au moins autant que les cigarettes et cendriers. En 1988, c’est dans « Sébastien c’est fou » de Patrick Sébastien que les Petits Chanteurs d’Asnières rendent hommage à Serge Gainsbourg en reprenant « Je suis venu te dire que je m’en vais », une clope la main. Des séquences que nous ne pourrions plus retrouver à l’heure actuelle, au vu de la réglementation en vigueur.

Le CSA lutte contre le tabagisme 

Il est important de rappeler que le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France et la première cause de mortalité par cancer. Au nom de cet enjeu de santé publique majeur, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et les médias audiovisuels s’associent au ministère de la Santé afin de réduire le tabagisme au niveau national.

Dans sa lutte générale contre le tabagisme, le CSA intervient en faisant respecter l’interdiction de « la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur du tabac et des produits du tabac » à la télévision et à la radio. La délibération du 17 juin 2008 relative à l’exposition des produits du tabac, des boissons alcooliques et des drogues illicites à l’antenne énonce les principes suivants :

  • Le CSA ne tolère aucune référence au tabac dans les écrans publicitaires des éditeurs de services de télévision et de radio. Aucune personne consommant un produit du tabac ne doit apparaître dans un message publicitaire, sauf s’il s’agit d’un message de prévention ;
  • Il est interdit de fumer au sein des émissions de plateau ou d’un studio ;
  • Les journaux télévisés, les émissions d’information ou les documentaires peuvent faire apparaître une personne consommant un produit du tabac, sous réserve que les images ne soient pas promotionnelles ;
  • S’agissant des émissions de téléréalité, compte tenu de leur impact important sur le jeune public, et sur le fondement des articles de la loi de septembre 1986, le CSA demande d’éviter la diffusion d’images des candidats fumant dans des lieux ouverts.

Programme national de réduction du tabagisme 

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel assure le relais des informations entre le ministère de la Santé et les télévisions et radios sur le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022. Il assure la diffusion de l’information, tout en mobilisant les médias en faveur des campagnes publiques contre le tabagisme.

De plus, le CSA mobilise depuis 2016 les chaînes et radios pour qu’elles prennent part à l’action « Moi(s) sans tabac ». Et ce, en les encourageant à diffuser pendant le mois de novembre des programmes dédiés à la lutte contre le tabac et la campagne d’intérêt général de Santé Publique France, et en les invitant à incruster un logo à l’écran. La sensibilisation du secteur audiovisuel reste le premier objectif.

Jusqu’où aller ?

Depuis plusieurs années, un nouveau produit est apparu sur le marché : la cigarette électronique. Si un flou a flotté sur son usage au début, la réglementation s’applique maintenant de la même façon. On considère bel et bien la cigarette électronique comme un produit du tabac, notamment lorsque son e-liquide contient de la nicotine. C’est donc également le cas pour ses passages à la télévision.

Enfin, certains n’hésitent pas à s’interroger aujourd’hui sur cette nouvelle tendance à vouloir « couper » dans les anciens long métrages et séries durant lesquels les personnages fument, au risque d’altérer l’œuvre. À l’évidence, personne ne se laissera enfumer.

 

Plus d’infos : mois-sans-tabac.tabac-info-service.fr

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